Esthétique des feuillus et des conifères

(Article paru dans EDG Bonsaï)

Le but de cette étude est d’essayer de caractériser les différences entre les feuillus et les conifères. Qu’est ce qui fait qu’un érable ne ressemble pas à un pin et qu’un mélèze ne ressemble pas à un charme. Nous allons pour cela nous baser à la fois sur des observations dans la nature, et sur des bonsaïs photographiés lors d’expositions.

Esthétique d’ensemble

Dans un premier temps nous allons nous attarder sur l’aspect général de l’arbre. Est-ce que la forme générale d’un feuillu est différente de celle d’un conifère ? Pour tenter d’y répondre nous avons pris des exemples de bonsaïs exposés à la Kokufu, et n’avons conservé que la forme extérieure.

Exemples_feuillus

Exemples de feuillus

Exemples_coniferes

Exemples de conifères

Même s’il est hâtif de tirer des conclusions à partir de quelques exemples, nous pouvons toutefois remarquer que la forme des feuillus est généralement plus ronde alors qu’un conifère s’inscrit plus dans un triangle. Nous nous apercevons aussi qu’un conifère a généralement des espaces vides plus marqués, un contour plus « déchiqueté ». Cela s’explique de la manière suivante :

  • un conifère à généralement moins de branches qu’un feuillu.
  • un conifère est représentatif de la montagne, lieu où les conditions de vie sont plus difficiles qu’en plaine, des branches peuvent être cassées par la neige, le vent, des éboulis de pierre.
  • un feuillu bourgeonne souvent spontanément là où la lumière atteint le bois. Les espaces vides sont rapidement comblés.

La différence esthétique entre un feuillu et un conifère n’est donc pas flagrante lorsque l’on s’attache uniquement à la silhouette générale de l’arbre, à son port. Grand, trapu, penché, droit, tourmenté, en cascade, on y trouve aussi bien des feuillus que des conifères.

Contrairement à certaines idées reçues, les bonsaïs ne respectent pas forcément le port typique de chaque espèce, pour peu que ce port typique existe véritablement.

Car dans la nature, lorsqu’un arbre n’est pas mis en concurrence avec d’autres ou qu’il n’est pas soumis à des conditions de vie pénibles, il poussera dans une forme de « balai informel ». Le tronc à peu près droit, le feuillage formant une masse arrondie.

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Il est d’ailleurs intéressant de constater que certaines espèces sont travaillées en bonsaï dans des formes qui ne correspondent absolument pas à leur port typique. C’est par exemple le cas des azalées ou des genévriers qui ont généralement des formes buissonnantes et rampantes, rien qui ne ressemble à un arbre et à leur homologue bonsaï.

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En conclusion, les feuillus se différencient assez peu des conifères à travers leur forme générale. La différence est donc ailleurs.

 

Les branches

Dans la nature, les branches des arbres s’affaissent sous le poids de la végétation. C’est encore plus marqué en montagne, où la neige ajoute du poids supplémentaire sur les branches. Les jeunes branches remontent vers le haut, à la recherche de plus de lumière. Plus elles grandissent, plus elles deviennent lourdes, plus elles s’abaissent sous leur poids.

Les conifères ont un bois généralement plus souple qu’un feuillu. Les branches plieront plus facilement sous leur propre poids (et celui de la neige, en montagne). Il n’est pas rare de voir dans la nature des conifères avec les branches les plus basses qui touchent le sol.

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Les branches des conifères forment donc un angle aigu avec le tronc ; elles redescendent vers le bas. Ci-après, quelques exemples de branches de conifères en bonsaï.

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Les feuillus, quant à eux, n’ont pas les branches qui redescendent comme sur les conifères. Parfois les premières branches sont très fortes et peuvent s’abaisser vers le bas, mais leur départ au niveau du tronc sera à l’horizontale. Plus les branches sont proches de la cime (donc les branches les plus jeunes), plus elles remontent vers le haut.

La nature est parfois étonnante et les arbres peuvent prendre des formes assez inattendues. Il est ainsi possible de voir des feuillus avec des troncs qui se contorsionnent ou redescendent, par exemple pour rechercher la lumière. Mais seuls le tronc ou les branches charpentières prennent ces formes atypiques. La ramification secondaire ou tertiaire reprendra la caractéristique de pousse des feuillus.

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La ramification

Un arbre à feuillage persistant conserve toujours sa végétation. Une fois installé, le feuillage forme des « plateaux » de végétation, avec toutes les pousses au dessus et rien qui ne pousse en dessous.

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Au contraire, un arbre caduc perd ses feuilles chaque automne. Durant tout l’hiver et au début du printemps, le soleil va stimuler les bourgeons latents qui se trouvent à l’intérieur de la ramure. S’ils reçoivent assez de lumière, ils vont se frayer un chemin à travers les branches existantes, créant ainsi des formes parfois complexes.

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Ramification typique de feuillus avec beaucoup de ruptures et l’extrémité des branches qui remonte.

Sur toutes les branches des feuillus, même les plus grosses, l’extrémité remonte toujours légèrement vers le haut, à la recherche de lumière. C’est une caractéristique essentielle des feuillus. Il n’y a qu’à regarder la nature, l’hiver, pour constater qu’ils poussent tous ainsi.

Les feuillus offrent une grande diversité de ramifications. Elles peuvent être très douces et rangées comme sur les érables, ou bien un peu folles comme sur les aubépines ou les chênes. La ramification tertiaire est très caractéristique de chaque espèce.

Les feuillus ne forment pas des plateaux de végétation aussi marqués que sur les conifères. Rappelez-vous que les feuillus ont horreur du vide ; de nouvelles branches vont spontanément pousser là où il y a de la place, là où la lumière peut stimuler des bourgeons latents.

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La construction de la ramification est ainsi une caractéristique essentielle de chaque arbre. Sur un feuillu, ne faites pas de plateaux de végétation comme sur un pin. Gardez cet esprit de végétation un peu désordonnée, si typique des feuillus.

 

La cime

Sur un conifère la cime est formée de branches qui retombent. Des bourgeons apparaissent sur ces branches, et vont former la canopée arrondie.

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Sur un feuillu, plus les branches sont proches de la cime, plus elles vont remonter vers le haut. La tête n’est pas formée par une branche qui pointe vers le ciel, mais par plusieurs branches qui se relèvent progressivement. La tête est formée comme un petit arbre en « balai ».

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Cime de feuillu dans la nature

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Exemples de cimes de feuillus en bonsaï

Former un feuillu avec les branches de cime qui redescendent vers le bas, comme sur un conifère, est une erreur de construction. Malheureusement, c’est quelque chose que l’on voit régulièrement.

Conclusion

Alors finalement, qu’est ce qui différencie un feuillu d’un conifère ? Qu’est ce qui fait qu’un érable ne ressemble pas à un pin ? Nous avons vu que la différence n’est pas perceptible dans la forme générale, ou dans la forme que peut prendre le tronc. La différence est plus subtile, mais apparait de manière évidente au niveau des branches, des ramifications et de la cime.

Cependant la distinction entre une construction « feuillu » et une construction « conifère » n’est pas si catégorique suivant les espèces, car certaines sont travaillées dans un style mixte.

Les azalées sont, par exemple, construites un peu comme des pins, avec une végétation en plateaux. Le but, dans ce cas, est de favoriser la floraison ; des plateaux bien marqués dégagent des espaces vides où la floraison pourra être abondante.

La végétation en plateau est aussi souvent adaptée aux arbres persistants (buis, oliviers) ; les branches et la cime seront toutefois travaillées dans un style feuillu.

Mais cela ne doit pas pour autant servir de prétexte pour « forcer » des arbres dans des constructions qui ne leur sont pas naturelles. Par exemple faire un « pleureur » avec une essence qui ne l’est pas dans la nature, ou bien lisser la ramification d’une aubépine pour qu’elle ressemble à celle d’un érable. Des bonsaïs sont parfois construits de manière peu orthodoxe au titre de la créativité. Le bonsaï n’est pas simplement un arbre en pot. Le bonsaïste doit puiser ses bases dans l’observation de la nature et dans l’analyse de la façon dont les arbres poussent.

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